Analyse de La Cigale et la Fourmi : Quand la société valorise la productivité plus que la créativité
- Productions d'Ayeurkissi
- 1 nov.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 nov.
Dès les premières lignes de la fable de Jean de La Fontaine, la notion de valorisation de la productivité s’impose. « La Cigale ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue… » (v. 1-4) : l’été fut celui du chant, de la légèreté, de la création pure. Mais l’hiver arrive, et la survie dépend de ce qui a été préparé. Le mot-clé « valorisation de la productivité » surgit immédiatement dans ce contraste : l’art (le chant de la Cigale) est charmant, mais la société, ici incarnée par la Fourmi, exige un rendement concret, mesurable, un grain amassé, une réserve.

Dans l’univers de Fables d’Ayeurkissi, où la guerre, la paix, l’art et l’éthique s’entrecroisent, cette tension résonne puissamment : comment arrêter le mal sans soi-même faire le mal ? Ici, comment préserver l’esprit créatif sans céder à la seule logique de productivité ? Cet article propose de plonger dans la fable, de la relier à notre époque et à notre vision artistique, et de questionner comment la société moderne valorise la productivité au détriment de la créativité — tout en honorant l’espoir, l’art et la réflexion.
Productivité et créativité : deux valeurs aux antipodes
La Fourmi : symbole de la productivité
Dans « La Cigale et la Fourmi », la Fourmi incarne la logique de l’effort continu, de la prévoyance, de l’économie. La Fontaine décrit : « La Fourmi n’est pas prêteuse : c’est là son moindre défaut. » (v.11) Elle interroge la Cigale : « Que faisiez-vous au temps chaud ? » (v.12) et répond non par empathie mais par une invitation à danser maintenant, parce que le temps de l’été est passé.
La Fourmi symbolise donc la productivité brute : amasser, prévoir, rentabiliser. Dans notre société actuelle, on pourrait dire qu’elle représente l’employé-standard, l’entrepreneur qui multiplie les livrables, l’algorithme de mesure de performance, la logique « outputs > inputs ». Le grain devient métaphore du KPI (Key Performance Indicator), la réserve symbolise le capital, la prévoyance devient un impératif moral.
La Cigale : incarnation de la créativité et de l’instant
La Cigale, de son côté, a chanté tout l’été. Elle a consacré son temps à l’art, au souffle, à l’instant suspendu. Elle n’a pas « travaillé » au sens de la Fourmi. Elle a fait ce que la société habituée à la productivité considère comme un luxe, un loisir, une insouciance. Pourtant, ce chant, cette créativité, est essentielle à notre humanité : elle élève, éclaire, interroge. Des analyses modernes voient dans la Cigale l’artiste vulnérable, dépendant de la reconnaissance ou du mécénat :
« En demandant à la Fourmi de la nourriture pour subsister, la Cigale ressemble donc à un artiste ayant besoin d’un mécène. » Dans l’univers de Fables d’Ayeurkissi, P’tite Sophie ou Espièglerie le Moine sont des créateurs, des rêveurs, des gardiens d’une esthétique qui va au-delà de la simple productivité — ils posent la question : comment agir pour la paix et la non-violence sans céder à la logique de l’efficacité à tout prix ?

Le conflit social entre productivité et créativité
La société valorise majoritairement la Fourmi. On applaudit celui ou celle qui « produit », qui « réussit », qui répond à des métriques. On admire moins celui ou celle qui « chante », qui crée, qui questionne. Et pourtant, sans la Cigale, ce monde efficace pourrait perdre son âme. Il n’y a pas de vraie paix, de vraie capture du message, si l’art est sacrifié sur l’autel de la productivité. Ainsi, la fable pose — ou suggère — une critique de cette valorisation exclusive de la productivité.
L’absence de morale permet à La Fontaine de valoriser l’un et l’autre des personnages… Dans nos temps modernes, cette tension est toujours présente : est-ce que vous êtes jugé·e sur votre « résultat », ou avez-vous encore la liberté de créer, de rêver, de prendre le risque du chant ? C’est cette dualité que nous explorons dans les deux sections suivantes.
Contexte historique et culturel
De l’Antiquité à La Fontaine
La fable de la Cigale et de la Fourmi n’est pas née ex nihilo chez La Fontaine : elle trouve ses racines dans les traditions d’Ésope, où l’insecte insouciant était souvent la sauterelle ou la cigale, et l’autre insecte l’ouvrière prévoyante.
Au XVIIᵉ siècle, La Fontaine adapte ces mythes par le verbe, l’allégorie, et les imprime dans la culture française. Il met en scène des archétypes humains sous forme d’animaux parlants : c’est la tradition du fabuliste.Mais La Fontaine ne livre pas une morale simpliste. Certains interprètent que la Fourmi est trop dure, d’autres que la Cigale est trop légère. On retrouve l’ambiguïté : « une morale implicite ? » comme l’indique l’analyse.

L’époque moderne : l’artiste et le travailleur
À l’époque contemporaine, la question se complexifie : dans un monde où la mesure, la rentabilité, la productivité sont exaltées (économie de marché, start-ups, « grow or die »), la figure de la Fourmi est partout. Parallèlement, l’artiste ou le créateur — la Cigale — existe, mais souvent dans la marge, dans la dépendance ou la vulnérabilité. L’analyse le souligne : « La cigale représente l’artiste ou celui qui vit dans l’instant sans penser aux conséquences. »
Dans notre univers narratif de Fables d’Ayeurkissi, cette tension se transpose dans un monde de conflits éternels, où les personnages doivent choisir entre la machine de guerre (productivité) et l’acte créatif (art, poésie, narration). Le travail, l’art et la survie sont intimement liés. Cette lecture nous aide à poser le cadre culturel dans lequel la fable s’inscrit — et pourquoi elle nous parle encore aujourd’hui.
L’art comme résistance à la logique productiviste
Quand on observe l’art engagé, la BD, le web-zine, les fables, on perçoit que la créativité peut être un acte de survie — non pas uniquement économique, mais existentielle. Dans un monde qui demande toujours plus de rendement, chanter, dessiner, raconter, prendre le temps, c’est déjà résister.
Ainsi la Cigale pourrait être vue non comme un paresseux, mais comme un veilleur, un poète, un artiste qui refuse de rentrer dans la seule logique de la Fourmi. Plusieurs analyses le confirment : la Fourmi est préparée, certes, mais elle est aussi égoïste. C’est dans ce glissement que la fable devient riche pour l’artiste-créateur, pour vous, pour moi — pour l’univers de Fables d’Ayeurkissi.
Travail, art et survie : une triangulation essentielle
Travail utile ou travail créatif ?
La société moderne tend à valoriser ce qu’elle peut mesurer : heures de travail, résultats, rendement, efficacité. Cela correspond à la Fourmi. En revanche, le travail créatif — l’art, la narration, l’émotion — est souvent intangible, non standardisable. L’artiste-Cigale, dans ce modèle, est condamné à mendier ou à dépendre. L’une des analyses le dit explicitement : « La Fourmi n’est pas prêteuse… » et la Cigale doit quémander.
Dans l’univers de Fables d’Ayeurkissi, P’tite Sophie qui chante, Espièglerie le Moine qui médite, ne rentrent pas dans la logique de l’ouvrier-automate. Leur survie — artistique, morale, existentielle — dépend d’un équilibre délicat entre productivité (au sens large) et créativité.
Survie : pas seulement économique, mais existentielle
La fourmi accumule des grains ; la cigale chante. Quand vient l’hiver, la survie n’est pas seulement physique : elle est psychique, spirituelle. Si la société ne valorise que la productivité, on risque de perdre ce qui fait humanité : le chant, la poésie, l’art.
La fable pose donc une double question : comment survivre économiquement dans un cadre productif ? Et comment survivre en tant qu’être créatif dans une culture qui mesure tout ?On peut citer l’exemple contemporain de nombreuses start-ups qui demandent « scalabilité », « productivité », « ROI », laissant peu de place à l’erreur, à l’exploration, à la rêverie. Pourtant, sans ces derniers, pas d’innovation artistique, pas d’univers narratif comme celui de Fables d’Ayeurkissi.
L’art comme survie symbolique et collective
L’acte créatif n’est pas un luxe pour quelques initiés : c’est une forme de survie collective. L’art raconte, élève, questionne. Il irrigue les sociétés, inspire la paix, dénonce la guerre, comme dans Fables d’Ayeurkissi. Si la société valorise uniquement la Fourmi, elle étouffe la Cigale et, avec elle, la capacité à rêver un autre monde.
Par exemple, dans le cinéma, on pourrait évoquer Inception (2010) de Christopher Nolan qui joue avec l’idée du rêve comme survie psychique. Ou dans la BD, l’œuvre de Alan Moore qui interroge le système plutôt que de s’y soumettre. Ce sont des « Cigales » qui survivent en criant, chantant.L’art devient donc un territoire de résistance à la logique productiviste — et une voie de survie pour l’âme humaine.
Vers un équilibre possible entre création et productivité
Réconcilier les deux figures : l’alliage créatif-productif
L’un des enjeux pour nous, artistes, créateurs, narrateurs (et pour l’univers de Fables d’Ayeurkissi) est de ne pas tomber dans un piège : soit être la Fourmi qui produit sans souffler, soit la Cigale qui chante mais meurt de froid. Il s’agit de conjuguer : produire (travail sérieux) et créer (art, expression, poésie).On peut s’inspirer du mouvement «slow creativity» : prendre le temps, tout en étant organisé. Un dessinateur qui dessine tous les jours, un scénariste qui alimente son univers régulièrement. Ainsi, P’tite Sophie avance, la boutique se construit, l’univers se déploie.

Valoriser la créativité dans un monde productiviste
Comment faire ? Quelques pistes :
Établir des « temps Cigale » : moments dédiés à la création libre, sans objectif chiffré.
Donner une valeur à la poésie, à l’échec, à l’exploration — même si cela ne « productivise » pas immédiatement.
Dans les récits comme Fables d’Ayeurkissi, intégrer le message : le mal ne s’arrête pas uniquement par la force, mais par l’art et la pensée.
Mettre en avant les exemples concrets : de la littérature (comme La Fontaine lui-même), du cinéma, des bandes dessinées ou de l’actualité artistique qui montrent que l’art survivre et transforme la société.Par exemple : on pourrait citer l’analyse littéraire de la fable : « La Cigale représente l’insouciance et la légèreté. Elle symbolise l’artiste ou celui qui vit dans l’instant sans penser aux conséquences. »
Une invitation à l’action pour les lecteurs sensibles à l’art
Si vous êtes lecteur·trice d’art narratif, de philosophie, de symbolisme — si vous suivez l’univers de Fables d’Ayeurkissi — voici ce qui est offert : la permission de chanter, de danser, de dessiner, de créer tout en assumant la survie, la valeur, le partage. Ne laissez pas la productivité vous définir seul·e. N’oubliez pas la créativité. À travers votre art, votre narration, vous devenez à la fois Fourmi et Cigale : vous accumulez le sens, vous chantez le message.Ainsi se tisse un univers où le travail n’écrase pas l’art, mais l’accompagne. Où la valeur n’est pas seulement comptée, mais exprimée. Où la survie n’est pas seulement matérielle, mais spirituelle.
Conclusion
« La Cigale et la Fourmi » n’est pas seulement un conte pour enfants : c’est un miroir que la société nous tend sur notre rapport au travail, à l’art, à la survie. En valorisant la productivité au détriment de la créativité, elle perd de vue la dimension humaine, poétique, engagée.
Dans l’univers de Fables d’Ayeurkissi, cette question est cruciale : comment arrêter le mal sans soi-même faire le mal ? De même : comment produire sans tuer l’art ?Nous avons exploré la symbolique de la Fourmi (travail, mesure, rendement) et de la Cigale (création, instant, chant), leur conflit et leur possible réconciliation. Nous avons replacé la fable dans son contexte historique et culturel, puis examiné comment travail, art et survie s’imbriquent. Enfin, nous avons proposé une voie d’équilibre : valoriser la créativité tout en acceptant la productivité.
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Sources et ressources complémentaires
Jean de La Fontaine, Fables, Livre I : « La Cigale et la Fourmi », 1668. (Texte complet)
Ursula Bähler & Pascale Palm, « Fourmi ou Cigale ? Le monde fabuleux de Jean de La Fontaine », Université de Zurich. dlf.uzh.ch
Article « La Cigale et la Fourmi : analyse et enseignements », Clevermate. clevermate.fr
Article « Le symbolisme dans la bande dessinée moderne », Le Monde Culture. (à chercher)









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