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🧂Tous les sels sont faits de… sel : le marketing, l’illusion et la valeur perçue

Quand la vérité fond sous la langue

Le marketing du sel nous apprend une chose essentielle : la valeur ne réside pas toujours dans la matière, mais dans le récit qu’on y attache. Derrière chaque grain rose, gris ou blanc se cache la même formule chimique : NaCl, le chlorure de sodium.


Pourtant, nos esprits s’enflamment pour un sel rose de l’Himalaya, s’émoustillent pour une fleur de sel de Guérande ou se contentent du banal sel de table.Mais si tout cela revient au même… pourquoi ces différences de prix, de prestige et de désir ?


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Parce que le monde ne vend plus seulement des produits — il vend des histoires.Et le sel devient ici le miroir parfait de notre époque : une époque où l’emballage prime sur l’essence, où la perception remplace la substance, et où l’art du storytelling peut transformer une simple roche en symbole de pureté, d’élégance ou de luxe.


Le sel, miroir d’une illusion millénaire

Le sel n’est pas qu’un condiment : il est l’un des premiers produits à avoir bâti une économie du mythe. Dans l’Antiquité, il valait parfois son poids en or. Les soldats romains recevaient leur “salarium”, ancêtre du mot “salaire”, en sel. Symbole de pureté dans certaines cultures, de protection dans d’autres, il fut à la fois un élément sacré, économique et spirituel.



Aujourd’hui, son aura n’a pas disparu — elle a simplement changé de costume.Ce n’est plus un objet sacré, mais un symbole marketing, porteur d’une promesse : celle d’être “plus naturel”, “plus pur”, “plus authentique”.

Pourtant, scientifiquement, tous les sels sont faits du même composé. Les minéraux en trace n’ont qu’un impact marginal sur la santé. Ce qu’on paie, ce n’est donc pas la composition… mais l’histoire.

« Ce qu’on achète, c’est le sentiment d’avoir choisi mieux que les autres. »

C’est exactement ce que les marques exploitent, que ce soit avec le sel, un téléphone ou une œuvre d’art : elles vendent une expérience narrative.


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Contexte historique et culturel : du sacré au supermarché

Le sel a toujours été un symbole ambivalent : entre nécessité biologique et pouvoir spirituel.

  • Dans la Bible, il est le signe de l’alliance éternelle.

  • Dans l’Égypte ancienne, il servait à préserver les corps, symbole d’immortalité.

  • En Afrique, certaines tribus l’utilisaient comme monnaie.

  • Et au Japon, on en jetait devant les maisons pour chasser les mauvais esprits.


Cette sacralité a progressivement glissé vers la sphère commerciale. Lorsque le sel a cessé d’être rare, il a fallu lui inventer une rareté de sens.C’est ainsi que naquit le marketing du sel moderne : recréer de la valeur en cultivant la différence.


Aujourd’hui, on vend du sel rose, gris, fumé, iodé, volcanique, artisanal…Chaque variété n’est qu’un récit emballé dans du design, une façon de nous dire : “Vous n’achetez pas un produit, vous achetez une identité.”

Et cette logique s’étend bien au-delà du sel : cafés, vêtements, téléphones, œuvres d’art… le monde entier repose sur cette illusion raffinée de distinction.



Le pouvoir du storytelling dans le marketing du sel

Le storytelling transforme un fait scientifique banal en expérience émotionnelle.Prenons un exemple concret :

  • Le sel rose de l’Himalaya évoque la pureté des montagnes, l’exotisme et la spiritualité.

  • La fleur de sel, récoltée à la main, fait vibrer les mots “artisanat” et “gastronomie”.

  • Le sel kasher, lui, s’ancre dans une tradition religieuse, synonyme de rigueur et de respect.


Et pourtant, tous ces produits contiennent… le même sel.C’est ici que réside la morale scientifique de tes visuels : le storytelling est une alchimie capable de sublimer l’ordinaire.


Cette mécanique est la même dans l’art et le design : un tableau, un logo ou une œuvre n’ont pas seulement une valeur esthétique — ils portent une histoire qui justifie leur prix et leur place.

Le sel devient métaphore : ce n’est pas la substance qui change, mais la perception qu’on en construit.

Quand l’art se vend comme du sel

Les galeries d’art, les NFT, la mode ou même les livres suivent la même logique.Une œuvre peut valoir mille fois plus qu’une autre, non pas par sa composition, mais par le mythe qui l’entoure.Banksy, Warhol, Basquiat — tous ont compris que la valeur d’un objet réside dans sa capacité à être raconté.


Dans Fables d’Ayeurkissi, cette idée se traduit par la guerre du sens : comment distinguer le vrai du faux, le bien du mal, quand tout peut être repackagé avec de belles histoires ?Le monde devient un marché du symbolique, où chaque grain de sens se monnaie.

 


Le sel comme métaphore du monde créatif

Le marketing du sel n’est pas qu’une leçon de commerce : c’est une métaphore de la création artistique.Le créateur, qu’il soit peintre, designer ou écrivain, travaille avec la même base que les autres — les mêmes mots, les mêmes formes, les mêmes outils.Ce qui le distingue, c’est la façon dont il raconte le monde.


Comme le sel, son œuvre devient unique non par sa composition, mais par sa texture narrative, son intention, son expérience sensible.Le véritable luxe, dans l’art, n’est pas la rareté du matériau, mais la rareté de la vision.

Ainsi, un design peut valoir mille fois plus qu’un autre parce qu’il évoque quelque chose d’invisible — un souvenir, une émotion, une résonance intime.Là où la science mesure, l’art insuffle du sens.


Philosophie du goût et illusion du choix

Philosophiquement, le sel nous parle de liberté perçue.Nous croyons choisir entre mille options — sel rose, gris, noir, marin — mais nous restons enfermés dans la même molécule.C’est une image parfaite de la société de consommation : une illusion de diversité, nourrie par le design et le récit.



Jean Baudrillard l’exprimait dans La Société de consommation : nous ne consommons plus des objets, mais des signes.Chaque sel devient une identité sociale — celui du gourmet, du minimaliste, du voyageur ou du spirituel.

Dans le même esprit, les créateurs d’aujourd’hui ne vendent pas seulement des produits, mais des versions du monde.Et le public, lui, choisit le “sel” qui correspond à sa propre histoire intérieure.


Exemples concrets : quand le storytelling sale la réalité

  1. Le sel rose de l’Himalaya : vendu comme remède naturel, il joue sur la symbolique de la montagne, du divin et de la pureté.

  2. Le café de spécialité : même principe — on vend un terroir, un artisan, une émotion.

  3. Les vêtements de luxe : tissu identique, mais logo différent. L’histoire coûte plus cher que la matière.

  4. Les œuvres d’art contemporain : certaines installations valent des millions parce qu’elles racontent une idée forte — pas parce qu’elles “contiennent” quelque chose d’objectivement rare.

  5. Les influenceurs : comme le sel, ils se “dissolvent” dans nos habitudes quotidiennes tout en rehaussant le goût de notre réalité — du moins, celle qu’on nous montre.


Et vous… quel “sel” achetez-vous ?

La dernière image de la série pose la question clé : Et vous… quel “sel” achetez-vous ?C’est une interpellation douce et ironique, mais profondément philosophique.Elle nous invite à questionner non seulement nos choix de consommation, mais aussi nos croyances esthétiques et morales.


Dans un monde saturé d’images, d’offres et de récits, savoir ce que l’on “achète” devient un acte de conscience.Achetons-nous la substance ou l’histoire ?Cherchons-nous le goût… ou la reconnaissance sociale qui l’accompagne ?


Conclusion : le goût du vrai

Le marketing du sel n’est pas qu’une curiosité commerciale — c’est une parabole contemporaine.Il révèle combien nos valeurs sont malléables, combien notre perception est influençable, et comment le storytelling transforme le banal en extraordinaire.


Dans l’art comme dans la vie, nous avons tous notre “sel” préféré — celui qui nous rassure, qui nous distingue, qui raconte notre identité.Mais au fond, tout cela repose sur la même base : la quête de sens.Et cette quête, elle, n’a pas de substitut.


Alors la prochaine fois que vous saupoudrerez votre assiette ou choisirez une œuvre, souvenez-vous :ce n’est pas le sel qui change le monde… c’est la main qui le répand.


👉 Abonnez-vous à l’infolettre Hermo Design pour d’autres réflexions sur la création, le sens et l’art du récit.Découvrez aussi P’tite Sophie la Tempête et l’univers des Fables d’Ayeurkissi pour plonger dans d’autres métaphores du réel.



Sources et ressources complémentaires

  1. Baudrillard, Jean. La Société de consommation (1970).

  2. Yuval Noah Harari, Sapiens : Une brève histoire de l’humanité – chapitre sur la valeur symbolique.

  3. Conférence TED – Rory Sutherland, Perspective is Everything (YouTube).

  4. Article “The Marketing of Salt: How Storytelling Adds Value”, Harvard Business Review.

  5. Documentaire Salt – The Essence of Life (BBC, 2018).



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